Depuis 2018, un texte s’affiche sur la page d’accueil de la quasi-totalité des courtiers en CFD (contrats sur différence) régulés en Europe : « X % des comptes d’investisseurs particuliers perdent de l’argent en négociant des CFD avec ce fournisseur ». Ce n’est pas une mention marketing malheureuse : c’est une obligation réglementaire, et les chiffres qu’elle affiche méritent d’être pris au sérieux.
Une obligation imposée par l’ESMA depuis 2018
En 2018, l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a imposé des mesures d’encadrement des CFD et interdit les options binaires aux particuliers, jugeant ces produits structurellement inadaptés à la clientèle non professionnelle. L’une des mesures, toujours en vigueur, oblige chaque courtier à publier le pourcentage de ses propres comptes clients qui ont perdu de l’argent — un chiffre qui, selon les fournisseurs, oscille le plus souvent entre 65 % et 89 %.
L’étude de référence : l’AMF, 2009-2013
En France, l’étude de référence reste celle publiée par l’Autorité des marchés financiers (AMF), portant sur 14 799 clients actifs de courtiers en CFD et Forex entre 2009 et 2013. Ses résultats, encore cités aujourd’hui : un taux de clients perdants supérieur à 89 %, pour une perte moyenne de 10 887 € par client et une perte médiane de 1 843 €, soit environ 161 millions d’euros de pertes cumulées sur 16,2 millions de transactions. Fait notable : cette période a pourtant été globalement positive pour les marchés financiers dans leur ensemble.
Cette étude date d’il y a plus de dix ans — nous le signalons explicitement, conformément à notre méthode. Mais les chiffres publiés en continu par les courtiers depuis 2018, dans une fourchette comparable, suggèrent que le constat n’a pas fondamentalement changé.
Pourquoi ce taux est-il si élevé
Le CFD fonctionne avec un effet de levier, qui amplifie aussi bien les gains que les pertes, et un financement au jour le jour qui pèse sur les positions gardées longtemps. À cela s’ajoutent des coûts de transaction répétés (spreads, financement overnight) qui érodent mécaniquement la performance sur un grand nombre d’allers-retours. Ce ne sont pas des défauts cachés : ce sont des caractéristiques structurelles du produit, documentées par le régulateur lui-même.
Ce que cela signifie, sans dramatiser
Ces chiffres ne condamnent pas l’investissement en bourse : ils concernent spécifiquement le trading à effet de levier sur produits dérivés à court terme, une pratique différente de la détention d’actions, d’ETF ou de fonds sur un horizon long. La distinction entre les deux mérite d’être connue avant d’ouvrir un compte, quel que soit le courtier choisi.
Pour aller plus loin
Day trading ou investissement long terme
Les frais d’un placement
Information générale. Ce contenu ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Le trading sur produits à effet de levier comporte un risque de perte pouvant excéder le capital investi. Chiffres cités à leur source, datés dans le texte.
