Depuis cette année, les premiers détenteurs d’un plan épargne avenir climat doivent, pour la première fois, en tenir compte dans leur déclaration de revenus. C’est l’occasion de revenir sur ce placement lancé en 2024 pour les moins de 21 ans, encore mal connu, et sur ce qu’il change vraiment par rapport au Livret A auquel il est souvent comparé.
Un plafond identique au Livret A, un fonctionnement très différent
Le plan épargne avenir climat (PEAC) est réservé aux personnes de moins de 21 ans résidant en France : un enfant majeur peut le souscrire lui-même, un enfant mineur par l’intermédiaire d’un de ses parents. Il peut être ouvert dès la naissance, et un seul plan est autorisé par titulaire. Le plafond de versement est fixé à 22 950 euros hors intérêts capitalisés, exactement le même montant que pour le Livret A.
La ressemblance s’arrête là. Le PEAC n’est pas un livret d’épargne réglementé dont l’État fixe le taux : c’est un plan d’investissement, plus proche dans sa logique d’un plan d’épargne en actions ou d’un plan d’épargne retraite. Les versements servent à acheter des titres financiers — actions, obligations, parts de fonds — labellisés ISR (investissement socialement responsable) ou Greenfin, orientés vers le financement de la transition écologique. Le capital n’est donc pas garanti au sens où l’entend le Livret A : il suit les fluctuations des marchés sur lesquels ces titres sont investis.

L’argent reste bloqué jusqu’à la majorité, sauf accident de la vie
C’est le point qui distingue le plus concrètement le PEAC des livrets classiques. Les fonds versés sont indisponibles jusqu’aux 18 ans du titulaire, avec en plus une durée de blocage minimale de cinq ans à compter de l’ouverture — ouvrir un PEAC à 20 ans reporte donc la disponibilité des fonds à 25 ans. Deux situations seulement permettent un retrait anticipé : l’invalidité du titulaire, reconnue par une maison départementale des personnes handicapées avec un taux d’incapacité d’au moins 80 %, ou le décès d’un des parents.
Une fois la période de blocage passée, les retraits partiels sont possibles à tout moment, mais ils ferment la porte à tout nouveau versement sur le plan. Le PEAC est de toute façon clôturé automatiquement à 30 ans, ses avoirs étant alors transférés sur un compte au nom du titulaire.
Pour limiter le risque de perte en capital à l’approche de cette échéance, une gestion pilotée s’applique par défaut : à partir de deux ans avant la date de liquidation choisie par le titulaire, au moins 70 % de l’encours doit être placé sur des supports à faible risque. Le titulaire garde la possibilité d’opter pour une gestion libre de son allocation, comme il pourrait le faire sur une gestion pilotée de plan d’épargne retraite, dont le principe de sécurisation progressive est similaire.
Une fiscalité avantageuse, mais qui ne dispense pas de la déclarer
Les gains nets réalisés lors d’un retrait ou d’une clôture du PEAC échappent à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, contrairement à un livret bancaire non réglementé pour enfant, systématiquement soumis à la flat tax, passée à 31,4 % au 1er janvier 2026. C’est l’argument commercial mis en avant depuis la création du produit.
Ce qui l’est moins : cette exonération n’équivaut pas à une absence d’obligation déclarative. Depuis cette année, les retraits effectués doivent être déclarés au moyen du formulaire 2074-PEAC, et le montant du gain exonéré reporté en case 3EX de la déclaration complémentaire 2042 C. Cette formalité n’est pas qu’administrative : le gain, bien qu’exonéré d’impôt, entre dans le calcul du revenu fiscal de référence du foyer. Or c’est ce revenu fiscal de référence, et non le montant réellement imposé, qui conditionne l’accès à de nombreuses aides et exonérations locales — une nuance qui ne concernait jusqu’ici que peu de familles, les premiers retraits possibles n’intervenant qu’à partir de 2029 pour les PEAC ouverts dès juillet 2024, mais qui vaut d’être connue avant que la situation ne se généralise.

Ce que le PEAC change, comparé au Livret A et au Livret Jeune
Le tableau ci-dessous reprend les caractéristiques déclaratives de chaque produit, sans préjuger de celui qui convient à telle ou telle situation familiale — cela dépend de l’horizon de placement et de la tolérance au risque de chaque foyer, une décision qui n’appartient qu’à lui.
| Caractéristique | PEAC | Livret A | Livret Jeune |
|---|---|---|---|
| Âge minimum | 0 an | 0 an | 12 ans |
| Plafond | 22 950 € | 22 950 € | 1 600 € |
| Taux | Non fixé par l’État, dépend des placements | 1,70 % depuis le 1er août 2026 | Au moins 1,70 %, librement fixé à la hausse par les banques |
| Disponibilité des fonds | Bloqués jusqu’à 18 ans (et 5 ans minimum) | Immédiate | Immédiate |
| Capital garanti | Non — sécurisation progressive seulement | Oui, à 100 % | Oui, à 100 % |
| Fiscalité | Exonéré, mais à déclarer (compte dans le revenu fiscal de référence) | Exonéré | Exonéré |
Un produit encore distribué par peu d’établissements
Dans les faits, le choix reste aujourd’hui limité. Les Banques Populaires et les Caisses d’Épargne ont été les premières à commercialiser le PEAC, à partir d’avril 2025, sous la forme d’un contrat de capitalisation accessible dès 100 euros. Les versements doivent obligatoirement provenir d’un compte bancaire au nom du titulaire du plan, qu’il soit mineur ou majeur — ce qui exclut, en l’état, un virement direct depuis le compte d’un grand-parent, une restriction déjà en vigueur sur le Livret A depuis plusieurs années. La gestion pilotée proposée par ces deux réseaux s’articule entre un fonds en euros et un support en unités de compte dédié au financement de la transition écologique, selon un profil prudent ou équilibré choisi à l’ouverture.
D’autres établissements bancaires ou assureurs pourraient proposer le PEAC à leur tour dans les mois qui viennent, la liste des organismes habilités par la loi — établissements de crédit, entreprises d’investissement, d’assurance, mutuelles — étant large. Pour l’instant, comparer une offre suppose donc surtout de comparer les frais de gestion et de tenue de compte prélevés par l’établissement retenu, puisque ni le rendement ni la garantie en capital ne sont fixés par la réglementation. Comme pour les livrets réglementés dont le taux est révisé deux fois par an, la seule certitude porte sur le plafond et le régime fiscal — le reste dépend entièrement des marchés sur lesquels l’épargne est investie.
