Couple de retraités marchant ensemble en extérieur, illustrant la retraite

Régime général et complémentaires Agirc-Arrco : comment se calcule réellement une pension de retraite

La pension de retraite d’un salarié du secteur privé en France ne résulte pas d’un seul calcul, mais de l’addition de deux mécanismes distincts, gérés par deux régimes différents : la retraite de base du régime général, calculée en pourcentage d’un salaire de référence, et la retraite complémentaire Agirc-Arrco, calculée en nombre de points accumulés tout au long de la carrière. Comprendre ces deux logiques, et la manière dont elles s’articulent, permet de lire correctement un relevé de carrière ou une estimation de pension.

Cet article détaille la formule de calcul du régime général — salaire annuel moyen, taux plein, décote et surcote — puis le fonctionnement par points de l’Agirc-Arrco, avec les valeurs actuellement en vigueur.

Le régime général : une pension calculée sur le salaire annuel moyen

La pension de base du régime général se calcule selon la formule suivante : pension annuelle égale au salaire annuel moyen, multiplié par un taux, multiplié par le rapport entre la durée d’assurance validée et la durée d’assurance requise.

Le salaire annuel moyen correspond, pour les salariés du régime général, à la moyenne des salaires bruts perçus durant les 25 meilleures années de la carrière, chaque salaire annuel étant plafonné, pour son inclusion dans le calcul, au plafond annuel de la sécurité sociale de l’année considérée — un plafond fixé chaque année par arrêté ministériel et publié au Journal officiel. Ce plafond s’élève à 47 100 € pour 2025, selon l’arrêté du 19 décembre 2024 portant fixation du plafond de la sécurité sociale, et à 48 060 € pour 2026, selon l’arrêté du 22 décembre 2025, soit une revalorisation de 2 % d’une année sur l’autre.

Le taux applicable varie de 37,5 % à 50 % du salaire annuel moyen selon que l’assuré remplit ou non les conditions du taux plein. Le taux plein, fixé à 50 % du salaire annuel moyen, s’applique automatiquement à partir de 67 ans quelle que soit la durée d’assurance validée, ou plus tôt dès lors que l’assuré a validé le nombre de trimestres requis pour sa génération.

L’âge légal de départ et la durée d’assurance requise, deux paramètres distincts du taux

Au-delà du taux appliqué au salaire annuel moyen, deux autres paramètres déterminent le montant final de la pension : l’âge légal de départ, en dessous duquel un départ à la retraite n’est en principe pas possible sauf dispositif dérogatoire, et la durée d’assurance requise pour obtenir le taux plein sans décote, exprimée en nombre de trimestres validés, tous régimes de base confondus.

Depuis la réforme des retraites de 2023, l’âge légal de départ est fixé à 64 ans pour les assurés nés à partir de 1969, avec une montée en charge progressive pour les générations intermédiaires. Une suspension temporaire de ce calendrier a toutefois été votée par l’Assemblée nationale et s’applique, selon les informations publiées par le portail officiel info-retraite.fr, aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026 et jusqu’en janvier 2028. Pendant cette période, les assurés nés entre 1964 et 1968 bénéficient d’un âge légal et d’une durée d’assurance requise abaissés d’un trimestre par rapport au calendrier initial de la réforme de 2023 — par exemple, la génération 1964 peut partir à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans, avec une durée d’assurance requise de 170 trimestres au lieu de 171. Les assurés nés à partir de 1969 restent, pour leur part, soumis à l’âge légal de 64 ans et à une durée d’assurance requise de 172 trimestres, non affectés par cette suspension temporaire.

Décote et surcote : ce qui ajuste le taux à la baisse ou à la hausse

Lorsque l’assuré part à la retraite avant d’avoir atteint la durée d’assurance requise et avant l’âge d’annulation automatique de la décote, fixé à 67 ans, un coefficient de minoration s’applique. Selon les informations publiées par service-public.gouv.fr, ce taux de décote est fixé, pour les assurés nés à partir de 1953, à 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres, ce qui plafonne la décote maximale à 25 % du taux plein.

À l’inverse, un assuré qui continue de travailler au-delà de l’âge légal de départ et au-delà de la durée d’assurance requise pour le taux plein bénéficie d’une surcote : chaque trimestre supplémentaire cotisé au-delà de ce point majore le taux de la pension de 1,25 %, sans plafond de trimestres pris en compte pour cette majoration.

Un exemple chiffré permet de mesurer l’ampleur de ces ajustements. Pour un salaire annuel moyen de 30 000 €, avec une durée d’assurance parfaitement complète, la pension annuelle du régime général au taux plein s’élève à 15 000 €, soit 50 % de 30 000 €. Avec quatre trimestres manquants, la décote de 5 % — quatre fois 1,25 % — ramène le taux effectif à 45 %, soit une pension de 13 500 € : un écart de 1 500 € par an, qui se répète chaque année de la retraite tant que l’assuré perçoit sa pension.

La retraite complémentaire Agirc-Arrco : un fonctionnement par points

Contrairement au régime général, la retraite complémentaire Agirc-Arrco — obligatoire pour l’ensemble des salariés du secteur privé depuis la fusion, entrée en vigueur en 2019, des régimes Agirc pour les cadres et Arrco pour l’ensemble des salariés — ne repose pas sur un pourcentage de salaire de référence, mais sur un système de points accumulés tout au long de la carrière. Chaque cotisation versée est convertie en un nombre de points, calculé en divisant le montant cotisé par le prix d’achat du point en vigueur l’année de la cotisation.

Les cotisations sont calculées sur deux tranches de salaire : la tranche 1, qui va du premier euro jusqu’au plafond annuel de la sécurité sociale, et la tranche 2, qui s’étend de ce plafond jusqu’à huit fois ce même plafond. Le montant de la pension complémentaire annuelle se calcule ensuite en multipliant le nombre total de points accumulés sur l’ensemble de la carrière par la valeur de service du point en vigueur au moment du départ à la retraite.

Selon les données publiées par Agirc-Arrco, la valeur de service du point s’établit à 1,4386 € depuis la revalorisation du 1er novembre 2025, tandis que la valeur d’achat du point — le montant de cotisation nécessaire pour acquérir un point — s’élève à 20,1877 € pour 2026. Ces deux valeurs sont revues chaque année, la valeur de service généralement au 1er novembre. Le rapport entre ces deux valeurs, parfois appelé rendement du régime, détermine mécaniquement le nombre d’années de cotisation nécessaires pour qu’un euro cotisé se traduise, une fois retraité, par un euro versé sous forme de pension.

Un exemple simplifié illustre ce mécanisme : un salarié dont l’assiette de cotisation Agirc-Arrco d’une année donnée génère, une fois convertie au prix d’achat du point de cette année-là, l’équivalent de 100 points, percevra à la liquidation de sa retraite une pension annuelle complémentaire de 143,86 € au titre de cette seule année de cotisation, si l’on retient la valeur de service en vigueur depuis le 1er novembre 2025 — ce montant s’additionnant à celui généré par chacune des autres années de la carrière.

Le poids relatif des deux régimes dans la pension totale

Pour un salarié non-cadre dont l’essentiel de la carrière s’est déroulé sous le plafond de la tranche 1, la retraite complémentaire Agirc-Arrco représente généralement une part significative, mais minoritaire, du total de la pension par rapport au régime général — la proportion exacte dépendant du niveau de rémunération, de la durée de carrière et de la part du salaire dépassant le plafond de la sécurité sociale, cette dernière n’étant prise en compte que par le régime complémentaire, qui ne connaît pas de plafonnement équivalent au salaire annuel moyen du régime général.

Pour un cadre dont une partie significative de la rémunération dépasse le plafond de la sécurité sociale, le poids relatif de l’Agirc-Arrco dans la pension totale tend à être plus élevé, puisque cette part de rémunération n’ouvre aucun droit supplémentaire au titre du régime général, plafonné au salaire annuel moyen, mais continue de générer des points au titre de la tranche 2 tant que la rémunération reste inférieure à huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale.

Élément Régime général (base) Agirc-Arrco (complémentaire)
Logique de calcul Pourcentage du salaire annuel moyen (25 meilleures années) Points accumulés × valeur de service du point
Taux plein / rendement 50 % du salaire annuel moyen Valeur de service ÷ valeur d’achat du point
Plafonnement du salaire pris en compte Plafonné au PASS chaque année Non plafonné (tranche 2 jusqu’à 8 PASS)
Ajustement selon l’âge de départ Décote / surcote de 1,25 % par trimestre Pas de mécanisme de décote propre, aligné sur l’âge du taux plein du régime général

Pourquoi ces deux régimes ne se calculent, et ne se revalorisent, pas de la même façon

Au-delà de leurs mécanismes de calcul distincts, le régime général et l’Agirc-Arrco suivent des logiques de revalorisation différentes une fois la pension liquidée. La pension de base du régime général est revalorisée chaque année selon un mécanisme d’indexation propre à ce régime, tandis que la valeur de service du point Agirc-Arrco fait l’objet d’une décision annuelle distincte, arrêtée par les partenaires sociaux qui gèrent paritairement le régime complémentaire. Ces deux revalorisations n’obéissent ni au même calendrier ni nécessairement au même taux d’une année sur l’autre, ce qui explique pourquoi les deux composantes d’une même pension totale peuvent évoluer de façon différenciée dans le temps.

Cette architecture à deux étages, propre au système de retraite française des salariés du privé, explique également pourquoi un relevé de carrière distingue systématiquement les trimestres validés au titre du régime général et le nombre de points accumulés au titre de l’Agirc-Arrco : ce sont deux compteurs séparés, alimentés par les mêmes cotisations prélevées sur le salaire, mais convertis chacun selon sa propre règle de calcul.

Où consulter ces informations pour sa propre situation

Le portail interrégimes info-retraite.fr, géré par le groupement d’intérêt public Union Retraite qui fédère l’ensemble des régimes de retraite français, permet à chaque assuré de consulter son relevé de carrière individuel, qui recense les trimestres validés au régime général et les points accumulés au titre de l’Agirc-Arrco et des autres régimes complémentaires auxquels il a pu être affilié au cours de sa carrière. Ce même portail propose une estimation indicative globale du montant futur de la pension, calculée à partir des droits déjà enregistrés et d’hypothèses de poursuite de carrière.

Ces données, actualisées par les régimes eux-mêmes à partir des déclarations sociales transmises par les employeurs, constituent la source de référence pour vérifier, au fil de la carrière, que l’ensemble des trimestres et des points correspondant aux périodes réellement travaillées ont bien été enregistrés — une vérification d’autant plus utile que les régimes de base et complémentaire suivent, comme détaillé plus haut, des logiques de calcul et de revalorisation distinctes.

Pour aller plus loin

Sur l’articulation entre épargne retraite individuelle et pensions des régimes obligatoires, notre article PER : à qui il s’adresse, et à qui il ne s’adresse pas présente les profils concernés par ce complément, et notre article PER : capital ou rente, la fiscalité change tout détaille les options de sortie et leur traitement fiscal.

Information générale. Ce contenu ne constitue ni un conseil fiscal ni une recommandation personnalisée. Taux et seuils en vigueur à la date de publication ; vérifiez-les avant toute décision et rapprochez-vous d’un professionnel pour l’analyse de votre situation.