Clés de maison remises lors d’un crédit immobilier

Renégocier ou racheter son crédit : où se situe le point de bascule

Deux opérations sont couramment confondues sous le même mot. Renégocier, c’est obtenir de sa propre banque une modification du contrat existant. Racheter, c’est faire souscrire un nouveau prêt par un autre établissement pour solder le premier. Les frais, les délais et les points de bascule ne sont pas les mêmes.

Voici les trois conditions qui font qu’une opération vaut la peine, et le calcul qui tranche.

Le principe

Un crédit immobilier à annuités constantes rembourse d’abord principalement des intérêts, puis progressivement du capital. La part d’intérêts dans chaque mensualité décroît tout au long du prêt. C’est cette structure qui explique tout : un gain de taux ne s’applique qu’aux intérêts restant à payer.

D’où trois conditions communément retenues, qui doivent être réunies simultanément :

  • Être dans le premier tiers du prêt, période où la part d’intérêts est la plus forte ;
  • Un écart d’au moins 0,7 à 1 point entre le taux du prêt en cours et le taux obtenable ;
  • Un capital restant dû significatif, généralement au moins 70 000 euros.

Ces seuils ne sont pas des règles de droit. Ce sont des ordres de grandeur qui traduisent une seule chose : les frais de l’opération doivent être largement inférieurs au gain d’intérêts.

Concrètement : le calcul qui tranche

Le raisonnement tient en trois chiffres, et il n’a rien de sophistiqué.

Le gain brut : coût total des intérêts restants au taux actuel, moins coût total des intérêts au nouveau taux, à durée identique.

Le coût de l’opération : indemnités de remboursement anticipé — plafonnées légalement à six mois d’intérêts sur le capital remboursé, sans excéder 3 % du capital restant dû —, frais de dossier du nouveau prêt, frais de garantie à reconstituer, et éventuels frais de courtage. En cas de simple renégociation interne, l’indemnité disparaît et il ne reste que des frais d’avenant, bien plus légers.

Le gain net est la différence. S’il est positif et représente plusieurs milliers d’euros, l’opération se justifie. S’il représente quelques centaines d’euros, le temps passé et le risque d’un dossier refusé en cours de route rendent l’exercice discutable.

Prenons une illustration. Capital restant dû 180 000 euros, quinze ans restants, taux actuel 4,10 %, taux obtenable 3,40 %. Le gain brut d’intérêts approche 12 000 euros. En face, une indemnité de remboursement anticipé d’environ 3 700 euros, 1 000 euros de frais de dossier et 2 200 euros de garantie, soit environ 6 900 euros. Le gain net avoisine 5 100 euros. L’opération se défend.

Ramenons maintenant le capital restant dû à 70 000 euros sur huit ans, avec le même écart de taux : le gain brut tombe à environ 2 400 euros pour des frais qui n’ont pas diminué dans les mêmes proportions. L’arbitrage s’inverse.

Renégocier ou racheter

La renégociation interne est plus simple, plus rapide et moins coûteuse : pas d’indemnité, pas de nouvelle garantie, un avenant au contrat existant. Sa limite est qu’elle dépend entièrement du bon vouloir de la banque, laquelle n’a aucune obligation d’accepter.

Le rachat externe fait jouer la concurrence et permet, au passage, de changer la durée, de modifier les modalités de remboursement anticipé, voire de regrouper plusieurs crédits. Il coûte plus cher en frais et suppose de refaire un dossier complet, avec les conditions d’octroi en vigueur au moment de la demande — ce qui n’est pas neutre si la situation professionnelle a changé depuis.

Dans la pratique, la démarche efficace consiste à obtenir d’abord une proposition ferme d’un autre établissement, puis à la présenter à sa banque. Une renégociation obtenue sur la base d’une offre concurrente réunit les avantages des deux voies.

La modulation, l’option qu’on oublie

Avant même d’envisager une renégociation ou un rachat, une clause dort dans la plupart des contrats de prêt immobilier : la modulation des échéances.

Elle permet, en général une fois par an et après une première période de remboursement, d’augmenter ou de diminuer la mensualité dans une fourchette prévue au contrat, souvent de l’ordre de 10 à 30 %. Augmenter la mensualité raccourcit la durée et réduit le coût total des intérêts, sans aucun frais ni dossier à monter.

Sur un prêt de 200 000 euros, majorer la mensualité de 15 % dès la troisième année produit couramment une économie d’intérêts comparable à celle d’un rachat, pour un courrier recommandé et zéro euro de frais.

Cette clause figure aux conditions particulières de l’offre de prêt, sous l’intitulé « modulation » ou « échéances modulables ». Elle est très largement sous-utilisée, principalement parce qu’aucun établissement n’a intérêt à la rappeler.

Les limites

Baisser la mensualité et baisser le coût sont deux objectifs opposés. Profiter d’un meilleur taux pour allonger la durée réduit l’effort mensuel et peut annuler, voire inverser, le gain sur le coût total. Il faut choisir lequel des deux on poursuit, et le dire à son interlocuteur.

Le taux n’est qu’une partie de l’équation. Renégocier l’assurance emprunteur, possible à tout moment depuis 2022 et sans frais, produit parfois une économie comparable pour une démarche bien plus légère. Sur un emprunteur ayant vieilli mais dont l’état de santé est resté bon, l’écart peut être substantiel. Ce point est développé dans notre article sur la lecture d’un taux et d’un TAEG.

Le contexte de taux compte autant que le dossier. Les opérations de rachat n’ont d’intérêt massif que lorsque les taux ont nettement baissé depuis la souscription. Un prêt contracté au plus bas du marché ne se rachète pas ; un prêt contracté pendant une phase haute peut le devenir plus tard.

Un refus est possible et sans recours. Le nouvel établissement applique ses propres critères. Un emprunteur devenu indépendant, ou approchant de la limite d’âge de l’assurance, peut se voir refuser un rachat qui aurait été mécaniquement rentable.

Pour qui l’opération est pertinente

Elle l’est pour un emprunteur des premières années d’un prêt long, contracté à un taux nettement supérieur aux conditions actuelles, avec un capital restant dû important et une situation professionnelle stable. C’est le cas d’école, et il produit des gains à quatre ou cinq chiffres.

Elle ne l’est pas en fin de prêt, sur de petits capitaux, ni pour un écart de taux inférieur à un demi-point. Dans ces situations, l’assurance emprunteur reste le seul levier qui vaille encore la peine d’être actionné.

Pour aller plus loin

Cet article présente une information générale sur le crédit. Il ne constitue ni un conseil en financement, ni une offre de prêt. Les simulations chiffrées sont des illustrations et ne préjugent d’aucune condition individuelle.

Sources et méthode. Chaque chiffre cité dans cet article est daté et rattaché à son texte de référence. Voir comment nous vérifions et corrigeons nos informations.

Recevez les mises à jour

Un e-mail quand un chiffre change ou qu’un nouvel article est vérifié sur ce site. Pas de spam, désinscription en un clic.